mardi, 03 mai 2016

La Calypso va se refaire une beauté en Turquie

OCÉANS: Le bateau du commandant Cousteau a 74 ans

Vingt ans après son naufrage et un tas de péripéties judiciaires, la Calypso va être remise en état. Embarqué à bord d’un cargo, le mythique navire de Cousteau fait route vers un chantier naval turc.

Quelle épopée ! La Calypso, le navire océanographique qui a sillonné les océans durant 40 ans avec le commandant Cousteau, a repris la mer. Pas en chevauchant les flots, non. Du moins pas encore. Mais en reposant son squelette chétif emmitouflé dans une bâche bleue au fond de la cale de l’Abis Dusavik, un cargo long de 115 m. Partie du port breton de Concarneau ce mardi, elle arrivera à Istanbul d’ici quelques jours. C’est sous le soleil de Turquie, dans un chantier naval où « on peut encore trouver la technologie traditionnelle des constructions navales en bois », selon l’Equipe Cousteau, que la vieille dame de 74 ans devrait retrouver ses atours de jeunesse. Pour ce lifting intégral, deux années seront nécessaires. Son coût ? Près de 10 millions d’euros tout droit sortis du portefeuille de plusieurs mécènes. C’est que le travail de restauration sera rude. Du bateau mythique, il ne reste que des lambeaux et une triste carcasse de bois. Depuis 2009, sa proue désossée longue de 40 mètres pointait au dehors du hangar no8 du chantier naval Piriou à Concarneau. Exposée à la fureur des vents, maigrelette, pourrie, vidée de sa timonerie et pillée par des vandales, la structure ne fait plus qu’un quart du poids du célèbre navire qui a permis à petits et grands de découvrir le monde du silence. Kalipso-1.jpg

Quelque 110 tonnes, voilà ce qu’il reste de la fidèle monture de Jacques-Yves Cousteau. Si son âme a été laissée ainsi à l’agonie, c’est par un mauvais feuilleton rocambolesque. Tout débute en 1996, un an avant sa mort. La Calypso est alors à quai à Singapour lorsqu’elle est éperonnée accidentellement par une barge. Elle reste au fond de l’eau durant 17 jours avant d’être renflouée. Convoyée jusqu’aux eaux territoriales françaises, elle passe un certain temps à flot dans le port de Marseille puis, en juin 1998, est remorquée jusqu’à La Rochelle où elle va croupir durant plusieurs années. Un an plus tôt, le 25 juin 1997, le commandant Cousteau décède. Une bataille féroce s’engage alors pour s’approprier son héritage. La famille Cousteau s’entre-déchire. Francine Cousteau, ancienne hôtesse de l’air et seconde épouse du commandant, est une habituée des prétoires. Elle rafle la mise, c’est-à-dire « la licence exclusive mondiale et perpétuelle portant sur le nom Cousteau, ses marques, sa signature et son oeuvre », laissant Jean-Michel Cousteau, le fils aîné du commandant, sur le carreau. C’est ainsi qu’il faut attendre jusqu’au 15 octobre 2007 pour que la Calypso soit remorquée de La Rochelle à Concarneau. Elle y fait une entrée triomphale, saluée par des centaines d’admirateurs au bonnet rouge. La passion gagne le chantier naval Piriou. La restauration de la nymphe des mers y démarre sur les chapeaux de roue. La première phase consiste à retirer la superstructure du bateau afin de renforcer sa structure interne. C’est cette charpente qui demeure à l’air libre aujourd’hui. En effet, début 2009, patatras !

La remise en état cesse en raison d’un différend avec l’Equipe Cousteau sur la nature et le montant des travaux. Après des années de procédure judiciaire, cette dernière se voit contrainte en 2015 de libérer le chantier naval de la Calypso. C’est ainsi que la nymphe des mers fait actuellement route pour un chantier naval turc. Les espoirs sont permis que la Calypso y soit bel et bien remise à neuf. Mais au vu du passif de l’affaire, des péripéties judiciaires futures n’étonneraient guère.

Extrait du journal « Le soir » Mars 2016

 

13:02 Écrit par Philippe MN284 LIFRAS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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